Marseilles. En juillet 2018 je reviens sur les traces de mon enfance, dans une ville que je ne connais pas, ou disons, plus. J'avais 10 ans quand je l'ai quittée et voilà 30 ans passés.

 

Ce projet aurait pu s'appeler Marseilles, avec un s. Parce que c'est comme ça que je l'écris; allez savoir comment fonctionne la mémoire, et la photographie des mots. Le s est tellement présent qu'il doit bien signifier quelque chose. Et puis il y a Arles. Alors pourquoi pas.

Mais je l'ai appelé « boîtes blanches » pour faire écho à boîte noire, cette mémoire enregistreuse des avions. Le blanc évoque l'idée du souvenir, cotonneux, déformant au fil des ans les images bien ancrées, laissant peu à peu place au vide lumineux. Alors, pour se rappeler il faut parler à ses souvenirs, les convoquer, chercher au fond, ou parfois se laisser happer par eux au moment où on s'y attend le moins. Il reste quelque chose du passé au présent, une trace, quelle qu'elle soit. Cette trace m'intéresse, c'est elle qui me raconte mon histoire aujourd'hui. 

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Marseilles

Boîtes blanches 2018

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J'ai donc suivi mes traces : mon recoin de rue à droite sur le trajet de l'aller, mes grands arbres du parc des bonnes sœurs, ma rue pentue du skate avec mon petit frère, mon magasin de bonbecs qu'achetait une copine de ma grande sœur, ma rue de l'accident de vélo, ma pelouse du Prado de l'effrayante formation baseball,

qu'on aimerait voir à travers la vitre de la voiture le coup tordu, ma Notre Dame de la Garde Protectrice vue du haut, mon portail du bas quand j'allais chercher ma petite sœur, ma ruelle blanche de la plage de chez Véronique. Ma rue, dont le nom est effacé aujourd'hui, sur la plaque bleue, mais pas dans ma mémoire, Fargès avec un s.

ma rue de la déception du parapluie retourné par le mistral, ma cour de récré avec les accents de Frédéric et Olivier, mon portail noir du haut de l'école, mon David nu dos à la mer 

Alors voilà. Sur les photos des traces de mon passé je marque l'empreinte du présent, de nouvelles traces en quelque sorte, du temps, de la lumière (poussière de lumière, lumière filtrée par les stores de la maison qui m'accueille pour ce projet, reflet du bracelet or que m'a offert mon grand frère à mon anniversaire, reflet tout court de la surface brillante des planches contact et des polaroïds que je viens de tirer). 

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Et puis, de retour à Paris, il fallait bien que je fasse mes boîtes, car c'est ainsi que s'appelle le projet, non ? Elles tracent sur le mur une géographie mentale de mon enfance, elle s'ouvrent et s'envolent, se libèrent petit à petit de leurs attaches parisiennes. Remplissent l'espace. Je suis, à nouveau, Marseilles.

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