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Una chiamata

 

 

Una chiamata est un souvenir lointain de mon enfance dont je conserve tous les détails : ma grand-mère était devant moi, son cabas dans une main, le combiné qu’elle venait de décrocher dans l’autre, à sa droite la rampe en pierre blanche et ronde de l’escalier montant à l’étage et sur sa partie gauche le salon dans un clair-obscur. Quand elle répondit à cet appel téléphonique dans une langue étrangère que j’entendais pour la première fois, j’eu l’impression qu’elle se transformait sous mes yeux. Sa voix n’était plus la même, c’était presque un chant, ses gestes au téléphone me paraissaient une danse, son sourire immense, tout était rythme rapide et gai. 

Je voulais que cet instant ne finisse jamais. Je voulais cet ailleurs à l’autre bout du fil. Ce monde étranger, je voulais qu’il soit mien.

 

La recherche photographique que j’ai menée durant l’année universitaire 2019-2020 auprès d’étudiants de l’INALCO veut mettre en image cette chiamata : des intimités en mouvement au contact de l’altérité. Ce qui est autre, étranger et nous transforme. Le passage de l’un à l’autre, l’interstice entre les briques d’un mur, l’édification mouvante de nos êtres en langues étrangères.

 

Je remercie Daria, Suzanne, Hugo, Marouane, Sarah, Salymata, Yasin, Erwan, Maïna, Chloé, Rose, Hemma, Zoé, Colleen, Clémence, Emma, Anthony d’être ce qu’ils sont, d’avoir su le partager avec moi durant les interviews, et d’avoir jouer les mises en scène que j‘imaginais pour fabriquer l’image de leur voyage intérieur.